2016, l’Euro remporté. 1966, le meilleur Mondial de l’histoire portugaise. 2006, une demi-finale. Une décennie sur deux, le chiffre tombait juste. Restait à écrire la suite. « C’est le moment d’aller chercher ce que le Portugal mérite », promettait-il.
Le Portugal a été servi. Éliminé un 6 juillet, par le numéro 6 adverse, à six minutes de la fin. On a rarement vu une prophétie se réaliser aussi scrupuleusement en se trompant de camp.
Un chiffre qui commence bien, toujours
Au début, pourtant, le talisman fonctionnait. Premier match, première ouverture du score dès la sixième minute, João Neves contre la RD Congo. Deuxième match, même minute, cette fois Cristiano Ronaldo face à l’Ouzbékistan. Le Portugal boucle sa phase de poules avec six buts au compteur. Tout collait. Martínez pouvait presque y croire.
Le seul détail qui clochait, personne ne l’a vu venir : le vrai numéro 6 de cette Seleção, Matheus Nunes, aura passé le tournoi entier sur le banc. Une minute de jeu, contre la Colombie. Le porte-bonheur brodé dans le dos n’a quasiment jamais foulé la pelouse.
Merino, le 6 qui manquait
En face, l’Espagne avait le sien, et il attendait son heure. Mikel Merino a tout joué dans ce Mondial sans presque jamais commencer : une seule titularisation, contre l’Uruguay, et jamais plus d’une demi-heure ailleurs. Zéro but jusqu’aux huitièmes.
Puis il est entré. Et il a marqué. À la 90e minute, au moment que le tableau affichait six minutes de temps additionnel, sur la sixième frappe cadrée espagnole du match, dans les gants de Diogo Costa. Le genre de but qui a le mauvais goût d’arriver pile là où on ne l’attend pas.
Ceux qui suivent l’Espagne connaissaient la musique. À l’Euro 2024, l’unique but de Merino avait déjà éliminé un pays hôte, l’Allemagne, à la 119e minute d’un huitième renversant. L’arbitre, ce soir-là ? Anthony Taylor. Le même qu’à Portugal-Espagne. Le sort n’improvise pas ; il recycle.
La malédiction du petit rien
Ce 1-0 rejoint une longue série que le Portugal connaît par cœur. Sixième fois qu’il quitte un Mondial sur un match couperet, sixième fois à la plus petite des marges.
L’Angleterre en 1966 (2-1), la France en 2006 (1-0), déjà l’Espagne en 2010 (1-0, même stade, même scénario), l’Uruguay en 2018 (2-1), le Maroc en 2022 (1-0). À chaque fois, un but d’écart, jamais deux. Le Portugal ne se fait pas balayer. Il se fait grignoter.
Et puis il y a l’Espagne, encore et toujours. Sixième duel entre les deux voisins en grande compétition, et le bilan penche du mauvais côté : une seule victoire portugaise, celle de Nuno Gomes à l’Euro 2004. Le reste, c’est un 1-1 en 1984, le David Villa litigieux de 2010, les tirs au but ratés de Moutinho et Bruno Alves en 2012, et le triplé pour rien de Ronaldo en 2018, un 3-3 splendide qui n’a mené nulle part. Trois éliminations, trois nuls, une victoire. Le frère aîné a presque toujours eu le dernier mot.
Le 6 de trop
Reste l’ironie finale, celle qui vise l’homme et pas l’équipe. Roberto Martínez quitte le Portugal sur sa sixième défaite. Ni la cinquième, ni la septième. La sixième.
Le bilan, pourtant, n’a rien d’un naufrage : 45 matchs, 30 victoires, neuf nuls, six revers, 110 buts marqués, une Ligue des nations soulevée en 2025. Ses défaites se comptaient sur les doigts d’une main et demie — l’Irlande en novembre, le Danemark, la Géorgie, deux amicaux avant l’Euro. Peu d’entraîneurs partent avec des chiffres aussi flatteurs.
Mais Martínez ne voulait pas des chiffres flatteurs. Il voulait ceux du destin. Il aura eu les deux, et c’est bien là le problème : quand on décide de lire l’avenir dans les nombres, on finit par y lire aussi sa propre sortie. Le 6 lui aura tout donné, jusqu’à la porte.










