« Monsieur Pape » et le super-héros du Borgo

Rencontre avec MauPal, artiste de rue italien mondialement connu pour ses œuvres engagées et poétiques, dont l’iconique « Super Pope ». À travers son art, il tisse un lien original entre l’humanité et l’Église, entre la rue et le Vatican. Dans cet entretien, il revient sur sa relation avec le pape François, la genèse de ses œuvres les plus marquantes, et partage sa vision de l’art comme langage universel. Une plongée unique dans l’univers d’un artiste qui parle au cœur du monde.

« En onze ans, j’ai rencontré le pape François cinq fois. Et à chaque fois, j’ai commis une petite gaffe. » Mauro Pallotta, alias MauPal, rit encore de ses maladresses : la première fois, il était si nerveux qu’il a appelé le souverain pontife « Monsieur Pape ». Une autre fois, en lui montrant un dessin, le pape lui a glissé avec humour : « Tu me fais un peu trop gros, non ? »

Ce sont justement ces moments de spontanéité, ce mélange de respect et d’ironie bienveillante, qui définissent l’univers de MauPal, un artiste de rue né à seulement vingt mètres du Vatican, dans le vieux quartier du Borgo. Depuis plus de dix ans, il représente le pape François en images à travers une trentaine d’œuvres pleines de malice, d’empathie… et d’engagement.

Tout a commencé en 2014 avec une fresque clandestine : un pape transformé en super-héros, une mallette noire à la main, une écharpe de foot qui dépasse, des lunettes sur le nez et un ventre légèrement rebondi. Ce n’était pas un super-héros traditionnel, et pourtant, il dégageait une puissance symbolique qui a marqué les esprits. « Cette mallette, c’était un message », explique MauPal. « Il y avait écrit “Valori” — pour rappeler que François voyage avec les vraies valeurs chrétiennes. »

Pourtant, rien ne prédestinait cet artiste, formé aux Beaux-Arts, à peindre des figures religieuses. Il n’avait jamais représenté de pape, ni abordé le sacré. Mais trois choses l’ont convaincu : la ressemblance physique troublante entre François et son propre grand-père, le choix du nom « François » et ce premier voyage à Lampedusa, tourné vers les migrants. « Là, j’ai compris : je devais le représenter. »

Depuis, MauPal est devenu l’un des chroniqueurs visuels les plus singuliers du pontificat. À travers ses fresques simples et accessibles, pensées pour que même un enfant de quatre ans puisse en saisir le sens, il raconte les combats du pape : la paix, les pauvres, l’écologie et la miséricorde.

En 2024, c’est même le Vatican qui l’a sollicité pour réaliser sept œuvres destinées à illustrer le message de Carême envoyé à tous les diocèses du monde par le Dicastère pour le développement humain intégral.

Et quand François est décédé, MauPal a réagi à sa manière : avec une fresque sans visage ni silhouette, mais pleine de symboles : un sentier qui monte vers l’au-delà, où l’on retrouve sa mallette noire, l’écharpe de San Lorenzo et le mot « paix » gravé dans la pierre. « C’est la première fois que je lui rends hommage sans le dessiner. »

Aujourd’hui, MauPal attend avec curiosité de voir comment le nouveau pape, « l’Américain », poursuivra ce chemin. « Quand j’ai entendu son discours depuis le balcon, j’ai été rassuré. Il a dit « paix » neuf fois. Ça m’a suffi. »