« Fumée blanche ! Il faut y aller ! »
"Que vit un garde suisse pendant un conclave ? Didier Grandjean, séminariste et ancien garde au Vatican, nous partage son expérience unique au cœur de l’Église, lors de l’élection du pape.

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mai 2025
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En 2013, alors qu’il casse son pain dans une soupe à la cantine de la garde suisse, Didier Grandjean est interrompu par un officier: « Fumée blanche ! Il faut y aller ! » Il abandonne son assiette, traverse en hâte les couloirs du Vatican et prend son poste, avec en toile de fond la place Saint-Pierre illuminée par les milliers de flashs des téléphones portables. Il vient d’assister à l’élection du pape François.
Originaire du village gruérien d’Enney, Didier a grandi entre prairies et montagnes. Jardinier-paysagiste de formation, il intègre la Garde suisse pontificale en 2011. Huit ans plus tard, il entre au séminaire. Entre ces deux engagements, une fidélité constante : servir. « Le serment que l’on fait en tant que garde, on le fait pour la vie », affirme-t-il. Pour lui, le sacerdoce est une façon d’aller encore plus loin dans ce serment de fidélité au pape.
Il a servi deux papes : Benoît XVI, « l’homme le plus doux que j’aie jamais connu, une douceur sans faiblesse, proche des gardes à sa manière », et François, « imprévisible, direct, tactile ». Deux styles radicalement différents, mais une même mission : accompagner et protéger. Que le pape soit en bonne santé ou en fin de vie, « la mission ne change pas. On reste proches. »
Didier se souvient avec émotion du jour où Benoît XVI a annoncé sa renonciation : « Même à l’intérieur du Vatican, la nouvelle est tombée comme un éclair. Personne ne s’y attendait. » En revanche, pour le conclave de 2025, « on savait que cela allait arriver tôt ou tard ».
C’est après avoir récupéré un flyer lors d’un événement à Fribourg qu’il a intégré la Garde suisse. Il se souvient encore de la remarque de son père, un brin moqueur : « Ça pourrait être quelque chose pour toi. » Ce flyer ne quittera plus sa table de nuit. C’est au Vatican qu’il sentira naître en lui un appel plus profond : celui de devenir prêtre. Soutenu par les deux papes, des aumôniers et des frères dans la foi, il mûrit peu à peu cette vocation. Un jour, quelqu’un lui pose franchement la question : « Et toi, as-tu déjà pensé au sacerdoce ? » Il se rend alors compte que cette idée l’habite depuis longtemps.
L’un des moments les plus forts de ce cheminement est celui où il annonce sa décision à son père, atteint d’une grave maladie. « Il n’a rien dit. Ce silence m’a bouleversé. Mais plus tard, quand sa santé s’est dégradée, j’ai abordé le sujet à nouveau… et j’ai vu dans ses yeux qu’il l’avait senti depuis longtemps. »
Aujourd’hui, Didier se prépare à prêter à nouveau serment dans son cœur pour celui qui sera élu dans les prochains jours. « Le pape, c’est le pape. Peu importe qui il est. C’est pour lui qu’on sert, c’est pour lui qu’on prie. »










