« J’aurais besoin de quelqu’un comme toi »

13 mai 2026

Portrait de João Carita, journaliste multimédia et responsable éditorial à Radio Maria Suisse romande.

João Carita s’apprêtait à sonner à la porte d’une agence de communication genevoise quand son téléphone a vibré. Au bout du fil, l’Église catholique dans le canton de Fribourg : le financement de son poste, attendu depuis septembre, venait d’être débloqué. Il n’est jamais monté. Il ne sait toujours pas quel travail l’attendait derrière cette porte. « Donnez-moi une heure et demie, c’est le temps d’arriver », a-t-il répondu, avant de reprendre la route vers Fribourg.

La scène dit beaucoup de l’homme. Une phrase revient à chaque tournant de son parcours, toujours prononcée par quelqu’un de l’Église : « j’ai besoin de quelqu’un comme toi. » Le directeur du service de communication du Patriarcat de Lisbonne, où il a décroché son premier emploi. Le prêtre qui l’a préparé au mariage à Fribourg. Et, plus tard, Radio Maria. À chaque fois, il a dit oui.

Il se présente en trois mots, dans cet ordre : journaliste, mari et père de famille, catholique par conviction. La profession vient en premier parce que c’est un choix, pas un héritage. La foi, elle, a mis du temps à devenir un choix elle aussi.

Un Portugais qui a hérité de la foi, puis l’a reprise à son compte

João Carita est né au Portugal dans les années huitante, à une époque où, dit-il, on naissait catholique par tradition avant de le devenir par décision. Dix ans de catéchisme, les sacrements, les fêtes qui vont avec : un parcours « obligatoire mais pas souhaité », qu’il a subi le week-end en ratant les anniversaires et les tournois de foot. La confirmation devait être sa libération. Elle a été le contraire.

Passé le mois d’août, il a réalisé que les rendez-vous du samedi lui manquaient. Un groupe de jeunes de la paroisse animait les messes du soir et lui a lancé un défi. Il a pris la guitare, appris à chanter à plusieurs voix, rejoint le mouvement Rencontre Shalom, né en Angola et présent jusqu’au Brésil. En 2008, il a coécrit un chant, Rêve de Dieu, projet d’amour, qu’il réécoute aujourd’hui comme on retrouve une photo de jeunesse. C’est là, entre seize et dix-huit ans, qu’il a vraiment choisi. « Dieu nous chope dans la courbe », résume-t-il.

Devenu catéchiste, il a pris goût à une idée qui ne l’a plus quitté : la foi n’est pas ce qu’on peut imaginer, et il y a de la place pour tout le monde.

De la crise portugaise au bar de Villeneuve

En 2010, le sud de l’Europe s’enfonce dans la crise. Le FMI intervient au Portugal, et le premier ministre lance aux jeunes une phrase reçue comme un aveu d’impuissance : partez, cherchez votre chance ailleurs. Sa compagne de l’époque, infirmière fraîchement diplômée, ne trouve pas de poste. Un hôpital privé lui répond qu’il n’embauche pas sans expérience. Elle décide alors d’apprendre le français pour émigrer.

Un coup de fil suffira. Elle passe un entretien par Skype, est engagée, et le couple a trois jours pour rejoindre la Suisse. Ils remplissent une voiture de tout ce qu’ils ont économisé. C’est elle qui a le travail ; lui suit. « Je l’ai suivie dans cette folie », dit-il.

Il débarque à Villeneuve sans parler français. Il donne d’abord un coup de main à la communauté catholique de Montreux, bénévolement, puis trouve une place de serveur dans un bar. Le français, il l’apprend là, au comptoir. Un client lui demande un verre d’eau ; il cherche la bouteille partout avant de comprendre. Cette langue de terrain, faite de liaisons et de jargon social, il la maîtrise vite. Le français soutenu, lui, viendra plus tard. Cela s’entend encore, et il l’assume.

La radio, enfin

Après le mariage vient Fribourg. Une préparation au mariage avec un prêtre portugais, une amitié, puis la fameuse phrase. Des allers-retours bénévoles, faute de budget, jusqu’à ce fameux coup de fil devant la porte genevoise. Suivront un engagement auprès de la mission lusophone, trois ans de formation en théologie, un poste d’aumônier de jeunesse dans les écoles secondaires, l’enseignement de la religion et de l’éthique, puis la responsabilité de la communication de l’Église dans le canton de Fribourg.

Journaliste multimédia, il fait de la vidéo, de la presse écrite et du web. Mais la radio a toujours été son premier amour. « On dit que la télévision a tué la radio. Elle est loin d’être morte. » Joindre l’annonce de la foi et le travail des ondes, c’est pour lui du pain béni.

À Radio Maria Suisse romande, il découvre une équipe neuve réunie autour du père Karlo, et une situation inédite : il en est le plus âgé. La maison vit de dons, ce qui suppose une part de gratuité et un peu de saut dans le vide. Cela ne l’effraie pas. Ce qui l’effraierait davantage, ce serait d’entendre « on a toujours fait comme ça ». Ici, personne ne peut le dire : rien n’a encore été fait.

Reste une dernière ironie, qu’il raconte lui-même en souriant. Avec la Vierge Marie, il se compare à Obélix tombé dans la marmite tout petit : élevé dans une paroisse mariale, il avait fini par prendre ses distances. Or c’est chez elle qu’il travaille désormais. « C’est sa radio. Là, je ne peux pas partir. »

Published On: 13 mai 2026Categories: Sur moi, Travail917 wordsViews: 4