Et quand c’est le prêtre qui tombe ?

Le 5 juillet 2025, l’Église a perdu un prêtre. Le Père Matteo Balzano, 35 ans, a mis fin à ses jours dans son presbytère, dans le nord de l’Italie. Ordonné en 2017, il était aimé, engagé, discret. Sa mort n’est pas un simple fait divers. Elle est un choc. Et un signal d’alarme.

Un prêtre s’est suicidé.

Cela bouleverse. Cela dérange. Et cela oblige à regarder ce que l’on préfère souvent ne pas voir : les prêtres ne sont pas des surhommes. Ce sont des hommes. De chair et d’esprit, de foi et de fatigue. Ils pleurent, doutent, peinent, parfois seuls, souvent en silence.

Car derrière le choc, il y a une réalité que l’on tait trop souvent : les prêtres souffrent aussi. Ils sont appelés à porter les fardeaux des autres, mais qui porte les leurs ? Ils sont consacrés, mais non invincibles. Ils offrent les sacrements, mais ils restent des hommes — avec leur histoire, leurs limites, leur fatigue, parfois leur détresse.

Le drame du Père Matteo ne s’est pas noué en un jour. Il s’est inscrit dans les silences non écoutés, les douleurs cachées, la solitude étouffée sous des sourires pastoraux. Combien vivent ainsi, entre messes et réunions, entre attentes et injonctions, sans espace pour dire : je n’en peux plus ? Il s’est joué aussi dans un regard d’Église qui attend tout… mais accompagne peu.

Le rôle de l’évêque est ici central. Un prêtre ne peut pas être un rouage interchangeable. Il est un fils spirituel, un collaborateur, un frère. L’autorité épiscopale n’est pas un pouvoir à exercer à distance : elle est un ministère de proximité, de discernement, d’attention. Donner une mission à un prêtre ne suffit pas : il faut l’accompagner dans cette mission, l’écouter, ajuster ce qui doit l’être. Tous n’ont pas les mêmes forces, les mêmes besoins, les mêmes limites. Le bon pasteur connaît ses brebis… et cela vaut aussi pour les prêtres.

Enfin, la formation sacerdotale mérite d’être interrogée. A-t-on vraiment préparé ces hommes à traverser la solitude, la pression, le décalage entre ce qu’on leur demande et ce qu’ils peuvent porter ? Forme-t-on des « hommes de Dieu » ou de simples gestionnaires du sacré ? Leur apprend-on à se connaître, à demander de l’aide, à reconnaître leurs limites ?

Dans les séminaires, dans nos paroisses, dans nos familles, il est urgent de revoir notre rapport aux prêtres. On leur demande tout — présence, écoute, service, exemple — mais leur offre-t-on un espace pour être simplement eux-mêmes ? Les connaît-on vraiment ? Les invite-t-on à dîner autrement qu’à Noël ? Leur permet-on d’avoir des amitiés vraies, des temps de repos réels, des lieux de parole sûrs ?

La question n’est pas simplement celle du célibat ou de la vie en communauté. C’est celle, plus profonde, du souci des pasteurs. Les prêtres donnent leur vie pour l’Église, mais l’Église prend-elle soin d’eux ? Chaque évêque, chaque fidèle, chaque collaborateur porte une part de cette responsabilité.

La mort du Père Matteo nous oblige à un examen de conscience. Elle ne remet pas en cause le sacerdoce. Mais elle nous rappelle une chose essentielle : l’ordination ne supprime pas la vulnérabilité. Le sacerdoce l’habite, il la transfigure parfois. Mais il ne l’annule pas.

La mort du Père Matteo ne doit pas simplement susciter des larmes. Elle doit provoquer un sursaut. Une conversion.

Prenons soin de nos prêtres. Écoutons-les. Portons-les dans la prière et dans la vie concrète. Proposons-leur plus qu’une admiration distante : une fraternité réelle.

Prenons soin de nos prêtres. Aimons-les pour ce qu’ils sont, pas seulement pour ce qu’ils donnent. Demandons des vocations, oui. Mais commençons par honorer ceux qui ont déjà répondu « oui ».

Aujourd’hui, Matteo est mort. Combien d’autres continuent à célébrer, le cœur en miette, le sourire en façade ?

Parce que, parfois, celui qui bénit a lui aussi besoin d’être relevé. Parce que la Croix, ils la portent eux aussi. Mais parfois, elle les écrase.