De l’enseignement au cycle d’orientation : une pédagogie fondée sur l’autonomie, la confiance et le sens

Pendant plusieurs années, j’ai enseigné au cycle d’orientation. Cette expérience a profondément façonné ma vision de la transmission, de l’apprentissage et de la relation humaine dans un cadre institutionnel.
Dès ma première année, j’ai fait le choix d’une pédagogie active, centrée sur l’élève, inspirée de courants éducatifs qui placent l’autonomie, la responsabilité et la réflexion critique au cœur du processus d’apprentissage.
Une pédagogie active inspirée de Roger Cousinet
À la suite d’une formation en pédagogie, j’ai découvert la méthode de Roger Cousinet, fondée sur le travail autonome et collaboratif. En accord avec la direction de l’établissement et les responsables de l’enseignement confessionnel, j’ai adapté le programme de 10H à cette approche.
Concrètement, les élèves travaillaient en groupes auto-constitués, sans consignes imposées sur la taille des groupes ni sur la répartition des rôles. Leur mission :
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rechercher des informations sur les sacrements de l’Église catholique,
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construire une présentation,
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et animer eux-mêmes une partie du cours.
Mon rôle n’était pas celui d’un enseignant « sachant » qui transmet un contenu figé, mais celui d’un expert-médiateur, accompagnant, questionnant et guidant lorsque cela était nécessaire.
Donner un cadre clair pour favoriser l’autonomie
L’un des apprentissages majeurs de cette première année a été l’importance d’un cadre explicite, même dans une pédagogie très libre.
Suite à une observation en classe, j’ai clarifié les objectifs d’apprentissage sous forme de critères concrets et partagés avec les élèves :
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définir un sacrement,
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établir un lien biblique avec Jésus,
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expliquer son déroulement,
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identifier ses signes et gestes,
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formuler son sens avec ses propres mots.
Cette clarification a permis aux élèves de mieux se repérer, de gagner en efficacité et de se concentrer sur l’essentiel. Elle a également renforcé leur sentiment de responsabilité face au travail demandé.
Responsabilisation et pédagogie de l’émancipation
Laisser une réelle liberté implique aussi d’accepter que les choix aient des conséquences. Inspiré par la pédagogie de l’émancipation de Paulo Freire, j’ai assumé le fait que certains groupes n’avaient pas respecté les délais et devraient terminer leur travail en dehors des heures de cours.
Ce positionnement n’a pas toujours été simple, notamment dans le dialogue avec certaines familles. Il m’a cependant permis de renforcer une posture éducative cohérente :
👉 faire confiance aux élèves, tout en les rendant responsables de leurs engagements.
Cette expérience m’a aussi appris l’importance de communiquer clairement avec les parents, en amont, sur les objectifs pédagogiques, les règles et les attentes.
Une matière exigeante, abordée avec humanité
L’enseignement religieux présente des défis spécifiques :
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une matière souvent perçue comme abstraite ou dépassée,
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des élèves peu engagés par choix personnel,
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l’absence de notes, parfois synonyme de relâchement.
J’ai fait le choix d’aborder ces enjeux par une approche accessible, moderne et non dogmatique, en multipliant les liens avec le quotidien des élèves, en utilisant l’humour et en ouvrant des espaces de discussion.
L’objectif n’était pas seulement de transmettre des contenus, mais de stimuler la réflexion, le débat et l’esprit critique, dans un climat respectueux et sans jugement.
Une posture de praticien réflexif
Les observations externes ont mis en lumière plusieurs éléments clés de ma pratique :
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une bonne maîtrise des contenus,
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une capacité à créer un climat de confiance,
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une attitude ouverte et non moralisatrice,
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une réelle cohérence entre posture pédagogique et valeurs éducatives.
Mais surtout, elles ont confirmé un point essentiel : ma capacité à me remettre en question, à analyser mes pratiques et à les faire évoluer. Cette posture de praticien réflexif est devenue un pilier de mon parcours professionnel.
Une expérience fondatrice
Même si je n’avais pas initialement choisi de devenir enseignant, cette expérience au cycle d’orientation a été déterminante. Elle m’a permis de confirmer que la transmission, l’accompagnement et la création de cadres favorisant l’autonomie faisaient profondément sens pour moi.
Elle m’a aussi rappelé l’importance de la formation continue, tant sur le plan pédagogique que théorique, pour rester aligné avec ses valeurs et pertinent dans sa pratique.
RAPPORT DE L’ENSEIGNANT·E FORMATEUR/TRICE
J’ai eu beaucoup de plaisir à aller observer les leçons de mon collègue Joao. En effet, ses cours sont très éloignés des miens, tant dans le fond que dans la forme et j’ai pu ainsi découvrir d’autres façons de pratiquer.
On sent tout d’abord qu’il a une grande maîtrise de la matière. Le dossier qu’il a créé lui-même montre qu’il a à coeur de montrer la religion catholique sous un angle qui sera accessible aux élèves. Ce n’est pas une matière aisée : les écrits sont souvent complexes, les représentations la concernant ne sont pas à son avantage (surtout ces dernières années), les élèves qui suivent ce cours ne savent souvent pas vraiment pourquoi (ce sont les parents qui les y ont inscrits) et comme il n’y a pas de notes, c’est également une occasion de se « relâcher » entre deux cours qui eux « comptent » ! Joao a donc un sacré défi devant lui. Et il semble le savoir très clairement. Dès lors les documents sont modernes, clairs, attrayants et il fait souvent des liens avec le quotidien des élèves, ce qui aide à ne pas voir la religion comme quelque chose d’ennuyeux et poussiéreux.
Il utilise également beaucoup l’humour ce qui contraste avec l’idée que l’on peut se faire parfois de cette matière (et des gens qui l’enseignent). En fait, Joao prend les élèves à contre-pied de ce qu’ils pourraient imaginer en essayant de leur montrer combien la religion peut être attractive, intéressante et combien elle peut les aider à aller mieux. Ce n’est pas un cours où on apprend seulement des contenus, mais aussi un cours où on réfléchit. En cela il se rapproche beaucoup du cours d’ECR. Un autre lien avec ce dernier est l’attitude non dogmatique de Joao (ce qui n’est pas une évidence lorsque l’on enseigne une religion !). Lorsqu’il demande si les élèves vont à la messe par exemple, on sent qu’il ne juge pas leur réponse négative. Il accueille ce qui vient et provoque ensuite une discussion. Loin d’être des « sermons », ses cours sont plutôt l’occasion de débattre, ce qui me semble être le moyen le plus efficace pour développer l’esprit critique des élèves, qui peut-être ainsi, auront envie d’en savoir plus sur la religion.
Le choix de la méthode utilisée par Joao, qui laisse une totale liberté d’action aux élèves, est très intéressante. J’en suis d’ailleurs admirative car laisser le choix aux élèves de ne pas travailler en classe et assumer d’aller ensuite en retenue ne me semble pas une chose évidente à réaliser. Personnellement, j’aurais tendance à quand même insister afin qu’ils travaillent en classe, ce qui au final ne leur laisse plus le choix donné au départ. Joao lui, sait rester calme, laissant vraiment les élèves s’autogérer en acceptant de prendre du temps en dehors des cours après l’école en retenue quand c’était nécessaire.
Nous avons parlé ensemble de ce que Joao pouvait améliorer et il l’a relevé dans son rapport. Il est conscient de ses qualités et de ce qu’il peut encore faire, ce qui en fait un bon praticien réflexif. Je lui souhaite beaucoup de plaisir dans la suite de son enseignement.
Tatjana Erard













